LE LAND ART SES FORCES MATÉRIELLES
Paris, vendredi 19 octobre 2012
Cher Gilles,
voici quelques pistes, vous souhaitez, concernant cette soirée vingt quatre octobre votre compagnie. Tout d’abord, nous serions heureux que vous puissiez nous faire part l’évolution récente vos travaux sur Land Art, travers cette nouvelle édition d’un livre pour lequel vous avez lancé appel souscription. D’autre part, point d’ancrage que nous souhaiterions vous soumettre, concernant cette soirée, est l’exposition plaque sensible qui tient actuellement L’espace Khiasma. n’y est pas question, proprement parler, Land Art, bien que courant cette période l’histoire représente pour moi une des sources principales d’intérêt dans l’art XXe siècle. Mais des points centraux cette exposition, reprenant les mots Smithson, consiste « frotter matérialité monde extérieur ». Les œuvres présentées mettent exclusivement scène des principes physiques des procédures matérielles. Quels rapports, aujourd’hui, l’art entretient-il avec les forces matérielles qui animent nos sociétés ? référence aux puits forages pétroliers qui s’affirme dans Kilomètre terre vertical, Walter Maria, pourrait s’associer cette idée (tout comme référence Carl André aux chemins fer). Aujourd’hui, des forces considérables sont jeu dans notre civilisation industrielle, tout comme, leur temps, les sorciers disposaient pouvoir déclencher les tempêtes, d’où provient aujourd’hui l’expression « faire pluie beau temps ». pense aussi Maria affirmant : « J’aime les catastrophes naturelles ». Dans cette exposition L’espace Khiasma, film Maître-vent orchestre cette mise scène travers puissance des courants d’airs engendrés par passage camions semi-remorques, sur bord d’une route nationale (il s’agit N19, située niveau raffinerie TOTAL, Seine Marne). cinéaste comme Artavazd Pelechian pu, lui aussi, aborder ces questions travers film comme Les saisons (mise scène des forces naturelles dans l’expérience transhumance Hongrie) bien Notre siècle (puissances techniques accomplies par l’industrie). qui importe, pour l’heure, serait pouvoir travailler que Jean Lacoste nomme une « sociologie des sens », que nous pourrions aussi formuler par « matérialisme des sensations ». Quelles implications les infrastructures techniques matérielles imposées notre usage commun modifient-elles dans notre perception ? point départ étant résolument une approche sensorielle, affirmant une des spécificités l’art. travers les carrières, les mines abandonnées les paysages entropiques, semble que tous les artistes Land Art première génération, dont est question dans votre livre, sont confrontés ces questions. J’éprouve une certaine émotion vue reproduction d’une photographie d’un paysage industriel côte est des Etats-Unis, dans premier chapitre votre livre. Elle affirme lieu production matière, partir quoi nous faut penser. L’intérêt que peuvent porter les artistes est alors inséparable d’un temps social qui rythme cadence nos sociétés. Cette question s’est aussi affirmé avec constructivisme russe, début siècle. pense par exemple Symphonie des sirènes, compositeur Arseny Avraamov. Une incroyable symphonie futuriste réalisée dans port Baku, pour 5e anniversaire révolution, 1922, avec les sirènes des usines des navires mer caspienne, des camions, moteur des hydravions, vingt-cinq locomotives vapeur, des sifflets des chœurs. L’art russe s’accompagnant bien sûr d’une forme d’exaltation que comporte pas Land Art américain. voit d’ailleurs mal comment l’entropie désert Névada pourrait servir vanter les mérites d’un projet politique. Mais est intéressant d’observer comment les artistes ces deux grandes périodes historiques ont chacun bénéficié d’une grande dynamique sociale entraînant toute société. constructivisme regard révolution russe, ainsi que les évènements mai 68 travers monde, tous les mouvements sociaux des années soixante-dix, pour Land Art américain. Qu’est-ce que Land Art, aujourd’hui, dans pays subissant une vague désindustrialisation ? Quand ordinateur portable tend devenir lisse plat, par une forme simulation, reléguant présence matérielle des objets dans une forme d’archaïsme. souviens qu’enfant, dans les années quatre-vingt, nous mettions véritables torgnoles poste télévision tube cathodique lorsque l’image venait défaillir, disparaître, comme elle faisait temps autres, dans une sorte convulsion. C’était rapport pour moins musclé technique. Land Art première époque nous prémunit d’un monde où, comme diagnostiquait Walter Benjamin, « une automobile pèse pas plus lourd qu’un chapeau paille, fruit sur l’arbre s’arrondit aussi vite que nacelle d’un ballon ».
À L’espace Khiasma, certaines des œuvres présentées sont marquées par présence résidus, objets échoués, déchets l’abandon jetés rebus (tel matériau chiffonnier), partir desquels peut être envisagé construction d’un vocabulaire, d’un alphabet. Après avoir été récoltés, ces objets sont rassemblés, puis classés, dans une sorte boîte outil, coffre jouet, devenant matériau partir duquel pourra être penser mise scène d’un film. Ces objets l’abandon témoignent dans ville d’une forme vacuité. Cette vacuité demeure pour moi des espaces privilégiés l’observation. les choses, comme disait Hannah Arendt, « sont dispensées corvée d’être utile » apparaît pour nous lieu d’une expérience pensée. présence résidus, cela même cœur nos villes, induit fait présence d’un espace résiduel. « pense être d’accord, comme l’écrivait Smithson, avec l’idée Flaubert selon laquelle l’art est poursuite l’inutile, plus les choses sont vaines plus les aime. »
Un autre aspect l’exposition trait question « l’apparition des images » leur surgissement, travers une série photographies. Tout comme L’image dans papier (titre d’un livre précédente exposition), plaque sensible tire son contenu langage procédure photographique. Les notions principes matériels l’œuvre dans processus déterminent « mythologie ». l’image latente l’image révélée, une matrice perception construit. partir quoi reste doit d’être appréhender.
ma plaque sensible provient aussi cette citation Cézanne, décrivant travail peintre, dans fameux texte Joaquim Gasquet : « S’il n’intervient pas volontairement… entendez-moi bien. Toute volonté doit être silence. doit faire taire lui toutes les voix des préjugés, oublier, oublier, faire silence, être écho parfait. Alors, sur plaque sensible, tout paysage s’inscrira. Pour fixer sur toile, l’extérioriser, métier interviendra ensuite, mais métier respectueux qui, lui aussi, n’est prêt qu’à obéir, traduire inconsciemment […]. » pourrait distinguer deux temps dans travail photographe laboratoire : l’acte recouvrement (par contact) papier par révélateur (que l’on peut aussi appliquer pinceau), ainsi que voile photographie s’accomplissant lui-même. temps propre révélation, accompagnant pour nous cette expérience lenteur, matériau laissé son propre déploiement. laisser venir nous voyons monter l’image.
L’image carton d’invitation montre papier journal sur trottoir d’une rue Paris. papier présente d’abord par structure son pliage d’où tire forme. Mais faisant, contrepartie informe déploie d’un même élan. fibre papier, d’où émerge structure pli, est elle-même soumise son propre poids. poids que matière fait peser sur elle-même ressort d’un conflit. C’est composé indécomposable. Une seule irréductible feuille papier. structure potence corps d’un pendu, d’un seul geste. joue ici une relation semblable Wall Hanging, Robert Morris. Comme vous l’écriviait, « Carl André reprochait Rodtchenko d’assurer stabilité ses sculptures par des éléments fixations cachés, lieu les faire tenir par leur seuls poids masse, n’en déclarait pas moins 1970 que son œuvre appartenait tradition des artistes révolutionnaires russes Tatline Rodtchenko ».
Une des œuvres Land Art rapportant directement cette idée plaque sensible pourrait être Bassin terre vierge, d’Alan Sonfist. bassin terre, quinze mètres diamètre, disposé sur terrain d’une décharge d’industrie chimique, afin capter les graines déplacées par vent commencer reconstituer forêt. Après multiples tentatives, c’est aussi principe là, reconstitution flore, qui s’imposa nous pour faire face profonde destruction mise œuvre sur les champs bataille marne, cours guerre 14–18. Une guerre, comme l’écrivait Walter Benjamin, « des courants haute fréquence traversèrent paysage, nouveaux astres levèrent dans ciel, l’espace aérien les profondeurs marines résonnèrent bruit des hélices, partout creusa des fosses sacrifice dans Terre Mère ». Description qui n’est pas sans rappeler une certaine Symphonie des Sirènes, comme Champs paratonnerres, Walter Maria. Alan Sonfist répondant ainsi dérèglement entropique nos sociétés industrielles.
Bien vous,
Simon Quéheillard